dimanche 25 mai 2008

La pensée du moment... Le spleen de l'ingé



Je n'aime pas trop les coups de gueule sur le web. Ceci n'en est pas vraiment un, ce serait plutôt... un coup de spleen. Ceci est mon ressenti, non pas par rapport à une situation particulière parce que je suis très bien dans mon job, mais simplement un ressenti par rapport à mes expériences passées et à ce que j'ai pu voir. Je n'énonce aucune vérité absolue, et de toute façon on est dans le domaine de l'affectif, donc c'est forcément très subjectif. Vous n'êtes pas d'accord avec ce que je vais écrire? cool, n'hésitez pas à mettre un commentaire.

Qu'elle était belle et rayonnante l'époque où le jeune cadre dit "dynamique" se voyait offrir des ponts d'or et n'avait d'autre souci que de suivre la construction de sa piscine ou l'aménagement de sa résidence secondaire...

Les temps ont bien changé. Il flotte comme un malaise chez le jeune cadre français, ou du moins, parlons d'un métier plus ciblé que je connais mieux puisque c'est le mien: l'ingénieur informaticien.


Voie royale dans les années 80 et même début 90, un petit essoufflement vite oublié grâce au passage à l'euro et le ridicule passage à l'an 2000, l'informatique reste aujourd'hui un domaine où il y a du boulot. Quoique... j'aimerais connaître le ressenti des jeunes diplômés à ce sujet?

Nous ne sommes donc pas trop à plaindre: il y a du boulot, et si on aime les challenges c'est un domaine en perpétuelle évolution. Mais il n'y a pas assez de mises en garde, donc forcément beaucoup de désillusions.

Les études: on te pousse à aller le plus loin possible, parce qu'on te dit que tu auras un meilleur salaire (ça c'est vrai), un job plus intéressant (j'en connais un paquet qui s'ennuient comme des rats morts), et enfin un potentiel de carrière plus élevé.

Le potentiel de carrière, parlons-en... Si tu es réfractaire au management, t'es foutu! Si tu veux rester à Toulouse, rame donc avec les galériens! Si tu veux en plus avoir des gosses, paie-toi une nounou qui bosse 12 heures par jour! Si tu aimes l'info pour ce qu'elle est, si tu aimes coder ou même ouvrir joyeusement le bide d'un serveur à l'aide de ton tournevis fétiche, un conseil: ne le dis pas trop fort sinon... tu vas te faire voler ton job par un Indien ou un Roumain. Il faut jouer le jeu: affirmer et se convaincre que, oui on veut faire du management, oui on est mobile, oui on est "disponible".


Le niveau de vie: certes il y a bien pire, j'en suis parfaitement consciente et je ne me plains pas du tout, cependant il faut savoir que les développeurs-fous-qui-gagnent-des-millions sont d'une autre époque... ou alors ils ont décroché dze contrat incroyable dans la Sillicon Valley. Encore une fois, je ne me plains pas du salaire moyen des ingés en info, je signale juste qu'il est bien en-dessous de ce que la majorité des gens pensent.

Le "statut". Hum. Disons les choses comme elles sont, je suis toujours embarrassée de répondre quand on me demande ce que je fais dans la vie. L'ingénieur informaticien a désormais une indécrottable image de geek-neuneu-ignare-beauf, la voie de garage pour les faignants-boutonneux-lunetteux. J'exagère à peine... Vous connaissez probablement la chanson "Ingénieur informaticien"? voilà exactement l'image que nous avons: des beaufs débiles.

Le jeune cadre dynamique a fait place au plus très jeune stressé et mélancolique, qui se demande sans cesse pour combien de temps il en a avant de se faire jeter comme un malpropre, combien de semaines avant de se retrouver dans un placard pire que le licenciement, un ingé qui garde en permanence un oeil sur les petites annonces pour tâter le marché "au cas où", qui hésite avant de faire construire sa baraque ou de faire un enfant parce qu'il se sent tellement vulnérable, tellement négligeable et parfois... tellement négligé.


Vous devez trouver que je dresse un tableau bien sombre... La délocalisation en Inde, j'ai vécu. Le rachat puis la fermeture de site, merci bien. Le gobage de couleuvres lors des entretiens, j'ai ma dose aussi. J'ai l'incroyable chance d'avoir toujours eu un job sympa dans une boîte sympa (vite, touchons du bois pour que ça dure!). J'ai surtout l'incroyable chance d'avoir pu garder cette petite flamme qui me fait aimer mon job malgré tout.

Par contre, qu'on ne me demande plus d'y croire.

Le spleen de l'ingé... il prend sa source à la fois dans la désillusion et dans la crainte d'un avenir incertain. Mais tant qu'il y a de la passion... tout va bien, non? ;-)

2 commentaires:

Unknown a dit…

:'(
Snirf, c'est tellement vrai tout ça...et encore, tu as "l'incroyable change" d'aimer l'informatique. Quand on réfléchit sur le nombre de mecs qui se jettent là-dedans parce qu'il y a un peu plus de boulot que dans les autres domaines ça fait peur ! En faisant un petit sondage rapido dans mon entourage informatique, je peux compter sur les doigts de la main les types qui font ça par vocation... Ca fout la trouille quand même !

Feldwyn a dit…

Oui, ça c'est le deuxième effet kiss cool de l'informatique: comme c'est une branche où il y a quand même pas mal de boulot en comparaison avec d'autres secteurs, pas mal de gens se jettent là-dedans par défaut, et ils finissent inévitablement par s'ennuyer sévère... pas étonnant qu'on ait le spleen ;-)