mardi 10 juin 2008

Vingt-quatre heures



Non, je ne suis pas en train de faire le remake d'une série bien connue avec Kiefer Sutherland :-)

Cet article est une sorte de flashback, car ces 24 heures ont été les plus intenses que j'aie connues: je donnais naissance à Lucas.

Moi qui suis d'un naturel un peu anxieux, bizarrement pour l'accouchement je ne m'en faisais pas. Pour moi ça allait forcément bien se passer, parce qu'il est vrai que j'ai une confiance quasiment aveugle en nos médecins.

En plus, j'avais suivi les cours de préparation à l'accouchement, et tout me paraissait simple: on m'avait expliqué les différents signes possibles devant donner le signal de départ pour la maternité, j'avais demandé la péridurale bien à l'avance (pô envie de trop déguster), et honnêtement je me sentais zen, prête.

Seulement voilà, quand je me suis levée à 7h ce 3 janvier 2007, le signe que j'ai reçu n'était pas prévu dans mon manuel: je perdais pas mal de sang. J'étais toute seule, j'ai essayé de ne pas céder à la panique (pas évident), alors j'ai juste pris mon sac à main (oubliée, la valise spéciale maternité!) et ma carte vitale (bizarre que j'aie pensé à ce détail à ce moment-là). Un coup de fil à Sam pour dire que je pars direction Purpan. Aujourd'hui je me dis que je n'aurais peut-être pas dû conduire, sur le moment ça ne m'avait même pas traversé l'esprit.

Je débarque avec mon gros bidon et mes guiboles tachées de sang aux urgences, ils m'ont fait passer devant tout le monde. Un examen, puis des sondes, puis un autre examen, encore un autre. Sam arrive, je respire à nouveau. On me fait passer d'une pièce à l'autre, habillée d'une simple blouse qui fermait même pas derrière, avec le sang qui continuait à couler... moi qui suis pudique, j'étais pas franchement à l'aise. Résultat de tous ces examens? Rien. Même encore aujourd'hui je ne sais toujours pas pourquoi j'ai perdu du sang.


L'hôpital souhaite me garder en observation, on me colle dans une chambre avec une nana enceinte de jumeaux qui souffre le martyre. Mes parents me rendent visite, tout le monde sourit et a l'air détendu, moi y compris (voir photo ci-contre). On prend même des photos. Sam me ramène mon ordi portable avec des DVD pour éviter que je m'ennuie.

Et c'est là que les contractions ont commencé. Les sages-femmes m'ont informée que le travail avait commencé. J'étais contente: j'allais enfin rencontrer mon bébé!!! Les heures ont commencé à passer, de plus en plus lentement. La douleur était de plus en plus difficile à supporter, et j'avais beau me concentrer sur ma respiration comme on me l'avait appris, j'étais tétanisée par la douleur, complètement crispée. J'ai demandé à Sam de rentrer à la maison et de prendre du repos. Pour être tout à fait honnête... je ne voulais pas qu'il me voit souffrir.

J'ai commencé à pleurer, l'impression que toute cette histoire est au-dessus de mes forces. Vers vingt-deux heures, la sage-femme m'a regardée me tordre de douleur et m'a proposé de la morphine. Pas envie d'imposer le shoot à mon p'ti bout, j'ai refusé. La sage-femme m'a souri et m'a dit "va falloir vous débrouiller pour tenir jusqu'à l'accouchement, alors". Bizarrement, il y a eu en moi comme un déclic. J'ai arrêté de pleurer.


La nuit a été loooooooooooooooooooooongue... On pense à des choses bizarres dans ces moments-là: je me voyais déjà morte, et j'imaginais le pauvre Sam se retrouvant tout seul avec un bébé sur les bras, hihi. Chose incroyable, j'ai réussi à m'endormir entre chaque contraction! Vers 3 heures du mat, je sens que quelqu'un me trifouille, c'est la sage-femme qui me dit "je pense que c'est bon, on peut aller en salle d'accouchement". J'ai presque pensé "Déjà?", alors que ça faisait vingt heures que j'étais arrivée à l'hôpital, mwarf. J'ai appelé Sam, qui est arrivé en quatrième vitesse.

Les heures qui ont suivi ont passé à une vitesse phénoménale. Je ne me souviens pas de tout, mais de certaines choses. La gentillesse de la sage-femme qui m'a accouchée. Ma joie quand j'ai vu débarquer l'anesthésiste, un rouquin tout jeune et tout rigolo qui m'appelait Pocahontas à cause de mes cheveux. Le soulagement de la péridurale. La folle inquiétude quand on entendait le coeur du petit bout qui faiblissait. La surprise quand j'ai réalisé que le bruit de fontaine que j'entendais était la perte des eaux. Les yeux pétillants de la sage-femme quand elle m'a demandé de pousser pour la première fois. Presque trop facile... un: la tête - deux: les épaules - trois: il est là.


Le 4 janvier à 7h25, on me pose un petit paquet tout gluant et gémissant sur le torse. Ce que je ressens à ce moment-là est inouï et unique. Une vague d'amour énorme, un véritable ras-de-marée. C'est mon fils.

Je suis probablement une petite chose sensible, car dans les semaines qui ont suivi il m'est arrivé régulièrement de pleurer en pensant à ces 24 heures. Ces larmes étaient mêlées de joie mais aussi de pression relâchée, moi qui étais tellement persuadée que j'allais y passer je n'en revenais pas d'être toujours là. Plus de dix-sept mois ont passé, la douleur a été oubliée très vite, seuls les bons moments sont restés en mémoire. Je suis là en train de taper sur mon clavier et de raconter cette histoire et... les larmes sont de nouveau de retour, mais ne nous y trompons pas: ce sont bel et bien des larmes de bonheur :-)

5 commentaires:

Unknown a dit…

Bravo ma poulette, grâce à toi je viens de pleurer au bureau...
C'est dans ces moments là qu'on se dit qu'on est vraiment des balaises, hein les filles ? ;)

Renrakoo a dit…

Rhâââ... Que de souvenirs! T'as été un chef sur ce coup-là :)))

Anonyme a dit…

Même Symptome que Stéphanie ! ma collègue en face commence à s'inquiéter !!!!!
Et bravo Véro beau travail !

Anonyme a dit…

L'Evangile a dit : tu accoucheras dans la douleur !
Et on ne déconne pas avec ça, oh !

Feldwyn a dit…

Mais euhhhh... je voulais pas faire pleurer dans les chaumières!



Au fait, Gab? tu sors :D