mardi 23 septembre 2008

La pensée du moment... La beauté d'être maman



Je ne parviens pas à me souvenir aujourd'hui du moment où nous avons décidé de devenir parents: c'était devenu comme une évidence, on le voulait et puis c'est tout. C'est quand même assez troublant, qu'une chose aussi importante s'impose à vous comme ça, le plus naturellement du monde, balayant gaiement toutes les craintes, toutes les hésitations.

L'amour est puissant, ça ne fait pas de doute. Je suis persuadée que c'est l'amour, le moteur de tout ça. Peut-être aussi que l'instinct de reproduction est le fameux "machin" qui contribue à donner cet objectif à l'être humain, celui d'enfanter. Les animaux que nous sommes sont cependant complexes (et certains plus que d'autres... hum...). J'imaginais l'instinct de reproduction comme un phénomène collectif, qui agit dans la masse. Maintenant que je suis maman, je me rends clairement compte que l'instinct de reproduction se traduit par une démarche purement individuelle. C'est ça qui me trouble: physiquement, à quoi correspond l'instinct de reproduction en chacun d'entre nous? est-ce un gène? une hormone?

Comme tout le monde, je me berce parfois d'illusions. Entre autres, il m'arrive de rêver que je contrôle ce qui m'arrive, et que je contrôle ma vie. Toute idée de destin ou de prédétermination m'insupporte. Vous comprendrez donc que je sois un tantinet agacée par ce "machin flou" qu'est l'instinct de reproduction.


Nous avons été chanceux, ça a "marché" presque tout de suite. Le moment où j'ai annoncé la bonne nouvelle à Sam reste l'un de mes meilleurs souvenirs: un bonheur fou, tout simplement. Cette grossesse a été la révolution de ma vie, je me sentais comme quelqu'un qui se découvre un jour des super-pouvoirs!

A partir du moment où j'ai su qu'une petite vie palpitait dans mon ventre, mon regard a changé. Mon regard sur les autres, mon regard sur la vie, mon regard sur moi-même. Ces neuf mois ont été ponctués de moments de bête extase, de larmes nerveuses, de fous rires interminables, de craintes délurées, de rêves embués... Une autre partie de moi s'est construite à ce moment-là, essentiellement basée sur... la douceur.


C'est une véritable batterie de stratégies de protection qui a vu le jour chez moi à partir de la grossesse. Enceinte, je me sentais d'une vulnérabilité extrême. Sentiment inhabituel assez déstabilisant, à vrai dire. Mais du coup, j'ai développé un sens de la protection de soi aigu, puisqu'en me protégeant je protégeais le "p'ti bout". Regardez la position de mes bras et de mes mains sur cette photo, c'est assez parlant, non?

Depuis ma grossesse je ne supporte plus les scènes de violence à la TV, j'ai la larme à l'oeil plus facilement, et j'ai plus de bienveillance vis-à-vis des autres. Second effet kiss cool pas cool du tout: je suis devenue beaucoup plus peureuse. Telle la louve protégeant jalousement sa portée, j'ai développé toute une série de méfiances dont je ne me serais pas crue capable. Inutile de venir frapper à ma porte le soir si Sam n'est pas là: désormais, je n'ouvre pas, cette porte est un rempart entre mon fils et le danger. Stupide, ridicule, gnan-gnan? Je confirme. Mais je n'y peux rien, encore un exemple de phénomène que je ne peux pas contrôler.

Si on y réfléchit un peu, cet instinct de protection s'inscrit parfaitement dans la logique de l'instinct de reproduction: ce n'est pas le tout de procréer pour assurer la survie de l'espèce, encore faut-il s'assurer que la relève puisse à son tour jouer ce rôle un jour. Quand Lucas est né, cet instinct de protection est carrément devenu un mode de vie.

Les premiers mois de la vie de Lucas ont été d'une intensité émotionnelle exceptionnelle pour moi. J'étais en permanence submergée par l'émotion: la mère se construisait.


Et là encore une évidence s'est imposée: j'ai su dès le début que je protégerais mon fils. Toujours. Jusqu'au bout, tant que je serais là. Et quoi qu'il fasse. Quitte à le protéger malgré lui, quitte à ce qu'il me déteste à cause de ça, quitte à ce que j'en meure.

Mon fils m'a appris la plus belle leçon de ma petite vie: l'abandon de soi.

Ça peut paraître négatif et sinistre, mais il n'en est rien. Ce sentiment d'abandon de soi, même s'il s'accompagne d'un inévitable sens du sacrifice, n'est pas seulement noble et beau: il est aussi une sorte d'aboutissement, d'accomplissement de soi. Au fond de nous, dans les tréfonds insondés de notre inconscient, il peut être aussi notre bouclier contre le malheur: en donnant sa vie (au sens figuré et parfois propre) pour l'être chéri, on l'immunise en quelque sorte contre les coups du sort.

Bien sûr, il y a des moments difficiles. La grossesse n'est pas forcément un concentré de neuf mois de bonheur: elle s'accompagne de petits tracas, et il n'est pas toujours facile d'accepter que le corps se transforme. L'après-grossesse n'est pas non plus la meilleure partie, soyons honnêtes. La vie de parent comporte aussi son lot de stress: tu crois qu'il respire, là? c'est quoi ce bouton, c'est grave? houlàlà il s'est cogné la tête, ça va? . La vie de parent, c'est aussi le dur apprentissage de l'autorité, dont je me serais bien passée, je l'avoue: Lucas, on ne tape pas! arrête de te curer le nez, tu te grattes le cerveau ou quoi? hey jeune homme, c'est quoi tous ces livres par terre? si tu veux voir Dora au fond de l'assiette, il faut finir ta purée!


Mais être maman, c'est aussi entendre son premier cri. Le voir se lever pour la première fois. Savourer le premier "maman". L'entendre rire aux éclats. Le consoler quand il a du chagrin. Faire le bisou magique qui soigne le terrible bobo. Applaudir inlassablement quand cela fait dix fois qu'il répète le même geste parce qu'il en est tout fier. Courir comme une dératée dans la chambre pour le sortir d'un mauvais rêve qui le fait pleurer. Se perdre dans ses yeux pleins d'amour pour vous. Sortir du boulot presque en courant parce qu'on n'a qu'une envie: le voir se précipiter dans vos bras en criant "mamaaaaaaaaaaannnn!!!".



La morale de cette histoire, amis lecteurs? Faites des gosses :)

1 commentaire:

Unknown a dit…

Maintenant ça suffit ! Arrête de me faire pleurer ! Curieusement, le week-end dernier en rangeant mon souk dans le salon, j'ai retrouvé le montage que le père de ma fille a fait le jour de sa naissance et le premier mois de sa vie. Les premières secondes m'ont bouleversée et replongée dans des souvenirs qui me paraissaient si lointains. Comment peut-on se mettre à pleurer comme une madeleine dès qu'on entend les premiers pleurs de son enfant ? Ben c'est possible :)
Encore merci Véro pour ton blog... que du bonheur... et des larmes ! De joie !!! Vilaine ;)