mercredi 8 octobre 2008

My tailor ain't that rich



Ce matin, j'ai assisté à toute une série d'interventions de personnages tous plus haut placés les uns que les autres dans mon entreprise (dont je ne citerai pas le nom pour éviter le googling de cet article). Ces interventions ont lieu dans le cadre d'un séminaire qui rassemble tous les cadres embauchés en 2008 afin de les informer sur la nature et l'état de l'entreprise. Mon employeur a comme caractéristique (entre autres) d'être membre d'une holding, résultat d'une fusion avec une société hollandaise (dont je tairai le nom pour les mêmes raisons que précédemment).

Cette fusion étant très jeune (2004), autant dire que dans certains domaines nous en sommes encore à la découverte de l'autre. Etape un peu laborieuse certes, mais ô combien enrichissante et jubilatoire! Et ce matin, parmi les intervenants, il y avait le DRH de la compagnie hollandaise, qui nous a fait un excellent speech sur l'histoire de sa compagnie, sur les stratégies, puis sur toutes sortes d'aspects, entre autres les divergences de cultures entre Français et Hollandais. Moment tout à fait hilarant, il faut bien l'admettre!

Le ton était bon enfant, un peu acide parfois (pour l'une et l'autre parties), mais toujours drôle. Cette petite pique sur un des slides qui présentaient les divergences entre les deux cultures m'a fait sourire:
"Dutch people speak up to 4 languages.
French people speak perfect french."

Je vais traduire pour ceux qui le souhaitent: "Les Hollandais parlent jusqu'à 4 langues. Les Français parlent un français parfait.".

Ouch.

Agaçant, n'est-ce pas? Mais que lui rétorquer? Son intervention se faisait naturellement en anglais. Certes, il s'adressait à une population cadre, qui a communément davantage d'opportunités d'acquérir une compétence en anglais de par la nature des postes occupés. Et bien je pense qu'il devait bien y avoir au moins un tiers de l'assistance qui ne comprenait pas ce que l'intervenant racontait. Certes, il avait un accent un peu guttural (comme quand les Allemands parlent anglais, en fait) qui ne facilitait pas la tâche.


Et cela me fait m'interroger: pourquoi sommes-nous si mauvais en langues étrangères? Rendez-vous compte du nombre d'heures d'anglais que nous ingurgitons au cours de notre scolarité. Si on prend l'exemple d'un cadre qui a fait bac + 5, il a bouffé au moins 12 ans de cours d'anglais!!! De quoi devenir bilingue, non? Alors, il est où le problème?

Plusieurs recherches ont mis en évidence le fait qu'avoir l'oreille musicale prédispose à une facilité pour l'apprentissage des langues étrangères. Doit-on en déduire que les Français n'ont pas l'oreille musicale et que c'est la raison pour laquelle ils ne parlent pas de langues étrangères? Bien sûr que non, cela ne serait pas sympa pour nos musiciens (hihi), et puis de toute façon à l'heure actuelle le brassage ethnique est tel que ce genre de prédispositions génétiques ne peut plus être l'apanage d'un peuple.

Par contre, pour moi il paraît clair que certains peuples ont davantage de facilités à apprendre l'anglais que d'autres: notamment pour des langues qui ont des racines communes. Les peuples nordiques, les Hollandais, les Allemands, etc. me semblent avoir plus de facilités à parler anglais que les Français, Espagnols et Italiens. Du moins, c'est ce que j'ai constaté dans mon précédent job, où j'ai travaillé en anglais avec des représentants de pratiquement tous les pays européens. Je pense que la proximité des racines des langues peut influer sur notre aptitude à parler l'autre langue. Mais si c'était aussi simple, nous parlerions tous espagnol ou italien, n'est-ce pas?

Alors quoi, est-ce que notre refus de parler une autre langue que la nôtre traduirait notre farouche volonté de rester entre Gaulois? Je ne le pense pas. Hum... du moins, je ne pense pas que ce soit la majorité des cas (des Gaulois franco-français, il en reste encore).

Serait-ce la façon dont l'anglais nous est enseigné qui fait défaut? Ce n'est pas que je tienne particulièrement à protéger nos enseignants, mais je pense qu'il serait un peu facile de leur jeter la pierre. Après tout, au cours de ma scolarité j'en ai vu passer des profs d'anglais, on ne me fera pas croire qu'ils étaient tous mauvais ou encore qu'ils suivaient tous le même mauvais programme.

Lors de l'intervention de ce matin, un détail m'a fait tiquer. Avant que le DRH hollandais ne prenne la parole, le gars qui animait le séminaire a lancé "J'espère que vous avez tous révisé votre anglais avant de venir?", et j'ai également entendu quelqu'un dans l'assistance s'étonner "Ah bon, il va faire sa présentation en anglais?". Et c'est là que j'ai mesuré la profondeur du gouffre qui sépare le Français de la réalité de la mondialisation de son environnement professionnel. Et pour moi, s'il y a peut-être une chose que nos enseignants ont ratée, c'est bien celle-ci.

Nous ne devrions plus être étonnés de voir quelqu'un prendre la parole en anglais dans le milieu professionnel. Depuis le temps qu'on voit le truc venir, on aurait dû acquérir cette seconde nature, non? Ce n'est peut-être pas à l'école de tout nous apprendre, il y va aussi de la responsabilité des parents d'armer leurs enfants, de leur faire prendre conscience de l'impact de la mondialisation sur leur vie future. Tous les parents n'ont bien sûr pas les moyens d'envoyer leurs chères têtes blondes en séjour linguistique, mais si déjà il y avait une prise de conscience générale (autant chez les adultes que chez les ados) que le franco-français n'a plus qu'un avenir limité dans la société actuelle, je suis persuadée que le plus gros du travail serait fait.


Qu'on cesse d'associer l'apprentissage de l'anglais à des clichés comme les chapeaux melons, les bus à étage et les cabines téléphoniques rouges. Qu'on cesse d'enseigner à nos enfants un anglais totalement dé corrélé de l'utilisation qu'ils en feront plus tard dans le milieu professionnel. Qu'on passe leurs dessins animés préférés en V.O., et sans sous-titres sinon ça ne vaut rien. Qu'on leur fasse lire Hary Potter en V.O. Qu'on donne un coeff majeur à l'anglais au bac, avec épreuve à l'écrit et à l'oral. Que la pratique de l'anglais s'invite dans d'autres matières que l'anglais, pour que son usage soit banalisé.



Qu'on leur fasse prendre conscience que les différences culturelles sont une richesse, et qu'on leur donne l'envie de s'y intéresser.

En ces temps de vache maigre, où toutes les inquiétudes économiques sont permises, il va falloir se montrer trèèèèèèèèèèèès réactif, rapide et souple dans le milieu professionnel. Et ceux qui ne voudront ou ne pourront pas s'adapter resteront probablement sur le carreau, j'en ai peur. Cette perspective ne m'enchante pas plus que vous, s'adapter ça veut souvent dire se remettre en question. On n'a jamais prétendu que ce serait facile...

Aucun commentaire: