samedi 17 janvier 2009

A la recherche du gène perdu


Depuis que l'hôpital a refusé mon don du sang, j'avoue que j'ai pas mal cogité. Non pas sur la raison du rejet (risque de maladie de Creutzfeldt-Jakob suite à séjour prolongé en Angleterre en 1991), car après tout il faut bien mourir de quelque chose. Mais en fait je suis totalement désespérée à l'idée que je suis dans l'incapacité de sauver des vies, et notamment de sauver les vies des gens que j'aime, tout simplement parce que je n'ai pas le droit de leur donner un de mes organes, au cas où cela s'avèrerait nécessaire. Cette pensée m'est tout simplement insupportable.

Je ne vais pas m'appesantir sur le sujet car mon intention n'est pas de faire un blog mélo. Mais ce contexte explique pourquoi j'ai fait des recherches sur le thème du don du sang: quand une chose ne se passe pas comme prévu, j'ai tendance à chercher, chercher, chercher jusqu'à ce que je trouve une solution pour que ça se passe comme prévu, ou bien jusqu'à ce que je trouve une solution alternative, ou bien jusqu'à ce que je trouve une explication qui me fait changer d'avis... ou me console.


Au cours de ces recherches, j'ai rapidement remarqué que mon groupe sanguin était "rare", et cela a éveillé en moi la curiosité: d'où viennent nos groupes sanguins? Très honnêtement, je suis une bille en génétique, et de façon générale je suis réfractaire à tout ce qui a trait de près ou de loin à la biologie (si on s'attarde deux secondes sur l'étymologie du mot "biologie", ça va loin, hihihi!).

Mon fils est né avec une tache bleue sur les fesses. Cette tache est appelée "tache bleue de Mongolie". A l'hôpital, quand je questionnais les médecins et sages-femmes sur cette tache, on me répondait que c'était sûrement lié aux origines ethniques du papa (vu que moi j'ai une bonne tronche franchouillarde). Visiblement, c'est un phénomène fréquent chez les nouveaux-nés issus de métissages: une origine européenne alliée à une origine asiatique ou méditerranéenne, la plupart du temps. Raté, le papa est tout ce qu'il y a de plus européen (moitié Cantalou, moitié Lotois, c'est pour dire! hihihi).

Par contre, ce que je savais, c'est que cette tache bleue sur les fesses, je l'avais aussi quand j'étais bébé. L'héritage venait donc de mon côté.

J'ai un mode de réflexion "bi-céphale": moitié-littéraire, moitié-scientifique. En mots clairs, ceci se concrétise par une hésitation constante de mon mode de raisonnement: dois-je écouter mon intuition et mon ressenti, ou uniquement suivre la voie logique qui m'amènera à la conclusion unique et irréfutable? Depuis le temps que cette dualité est en moi, j'ai appris à composer: la logique mathématique reste une alliée sûre en toutes circonstances, mais je garde toujours une oreille attentive pour mon intuition, et mes choix sont presque toujours guidés par la passion. Tout ceci pour dire qu'il y a deux ans, lors de la naissance de mon fils, j'ai eu une intuition. Et si la rareté de mon groupe sanguin avait un lien avec cette tache bleue?

Nous vivons une époque géniale (et ce n'est que le début!): l'information est accessible, maintenant, facilement, en un clic. Moi qui n'y connais strictement rien en génétique, j'ai appris à différencier les différents groupes sanguins, et j'ai surtout découvert que derrière chaque groupe sanguin se cache plus qu'un patrimoine génétique: une ethnie. C'est ainsi que j'ai appris que mon groupe sanguin (AB) était issu d'un métissage entre les populations européennes de groupe A et les populations mongoles de groupe B. Ah ben la voilà, la tache bleue!

Toute surprise à l'idée d'avoir un ancêtre mongole (ben oui je n'ai pas les traits asiatiques du tout), j'ai voulu en savoir plus. Aujourd'hui, l'endroit du monde où l'on trouve le plus de personnes du groupe AB est en Russie, il existe d'ailleurs chez eux un proverbe que je n'apprécie pas des masses mais qui se prête bien au sujet: "Grattez le Russe et vous y trouverez le Jaune".


Mais quel rapport tout cela peut-il avoir avec moi? Après tout, mes racines semblent franchement franco-françaises: moitié Languedoc-Roussillon, moitié Champagne. Mélange un peu surprenant (qui a dit "pétillant"?), certes, mais pas si exotique que ça, hein. C'est en l'an 451 après J.C. que j'ai trouvé la réponse! Le 20 juin 451, Attila (alias le Fléau de Dieu pour les intimes), à la tête des Huns, livre bataille sur les Champs Catalauniques contre les Gallo-Romains (bataille qu'il perd, d'ailleurs).

Et les Champs Catalauniques se situeraient (j'emploie le conditionnel car il n'existe aucune certitude historique à ce sujet) à une douzaine de kilomètres de Châlons-en-Champagne... autant dire le berceau de la famille de mon père. Vérité génétique ou déformation folklorique, il existe encore aujourd'hui en Champagne l'expression "tache d'Attila": une tache bleue sur les fesses des nouveaux-nés, héritage de l'union des guerriers d'Attila et des Champenoises de l'époque, une tache qui perdure à travers les siècles, se transmettant de génération en génération.

J'ai toujours aimé l'histoire, pour sa capacité à nous faire comprendre qui nous sommes et ce que nous sommes. Mais j'avoue que quand mes recherches m'ont fait partir du groupe sanguin AB et d'une tache bleue sur les fesses pour arriver jusqu'aux campagnes champenoises dont je suis pour moitié originaire, j'ai été sciée. Attention, je me doute que le folklore et le temps ont déformé pas mal de choses (peut-être même au défi de la génétique, je ne sais pas... mais après tout est-ce si important?).

Moi qui me sentais un peu bizarre à cause de cette tache bleue que j'avais portée puis transmise à mon fils, moi qui avais l'impression que cette tache était en décalage avec mon environnement et mes origines... je me rends compte aujourd'hui que cette tache d'Attila me rappelle (comme si j'en avais besoin!) que je ne suis pas seule, que j'ai des ancêtres, une histoire et un héritage génétique, ethnique et culturel.

Faire partie d'un tout. Ne pas se sentir emporté par un flux qu'on ne reconnaît pas, mais suivre une mouvance qui a une explication et un historique. Et surtout... pouvoir transmettre cette identité à son tour.

1 commentaire:

legushka a dit…

Bonjour,
J'ai trouvé votre entrée sur la tache d'Attila absolument fascinante! Je suis anthropologue, je travaille sur la Mongolie et c'est par hasard que je viens de découvrir - grâce à vous - que la tache bleue mongolique existe également en France.
J'aimerais beaucoup vous poser des questions sur le sujet, si cela ne vous dérange pas, n'hésitez pas à m'envoyer un mail à "legushka" sur gmail.com
Frank