mercredi 11 février 2009

Je suis allée... au Festival de la BD d'Angoulême



Cela fait déjà deux semaines que nous sommes rentrés d'Angoulême, et j'ai pourtant l'impression que c'était hier. J'ai encore les yeux pleins d'étoiles. Je sens encore l'odeur des albums neufs. J'entends encore cette clameur continue et sourde, incessant et authentique dialogue d'une foule enthousiaste. Je sens encore les rues palpiter au rythme de ces innombrables passionnés, tous si différents, à la fois tellement éloignés et tellement familiers.

Vous est-il déjà arrivé de vous trouver au coeur d'un événement où vous avez l'impression que vous connaissez plein de gens, ou plutôt que vous les reconnaissez? Cela faisait longtemps que ça ne m'était pas arrivé, je crois que la dernière fois c'était lors d'une grande compétition de billard qui avait eu lieu à Vannes: c'était la même flamme qui nous animait tous, et tout naturellement nous étions nombreux à nous "reconnaître", alors que c'était la première fois que nous nous rencontrions, pour la plupart. C'est cela que j'ai ressenti à Angoulême.

Je ne suis pas quelqu'un de franchement sociable, je suis plutôt solitaire voire même un peu ours. J'avais toujours considéré la bande dessinée comme étant l'une de mes passions à moi, rien qu'à moi. Plaisir égoïste de se plonger dans un univers dont on a la grisante impression qu'il n'a été créé que pour soi. Ne nous leurrons pas, je savais pertinemment que c'était faux, bien sûr. Mais cela m'arrangeait bien de penser le contraire... jusqu'à Angoulême.

C'est toujours agréable, surprenant et enrichissant de rencontrer quelqu'un qui partage la même passion que vous. Mais le jour où vous vous retrouvez au milieu de deux cent mille personnes qui partagent cette même passion... votre coeur explose.


On m'a demandé ce qu'il y avait à faire au festival d'Angoulême. Hihi. Tellement à voir, tellement à lire, tellement à écouter et discuter... que ces deux jours m'ont paru nettement trop courts. Il faut déjà savoir que l'ambiance est telle que l'on se sent porté. Commencez déjà par arriver deux heures avant l'ouverture, puis cherchez à vous garer. Descendez de la voiture, et c'est là que ça commence: autour de vous, des gens avancent dans la rue, le pas vif limite pressé, tous dans la même direction, seuls ou en groupes. Tendez un peu l'oreille, ça parle inévitablement BD.

Le mouvement s'accélère. Les rues commencent à se remplir. Vous vous postez à un croisement de rues piétonnières pour souffler et porter un regard ahuri sur ce qui commence à ressembler à une foule. Tiens, voilà qui est original, vous vous rendez compte que vous êtes au croisement des rues Hergé et Goscinny. Voilà, le ton est donné, je crois. De la musique? Ah oui, c'est un éditeur qui fait de la promo pour un album dans la rue. On vous accoste? Pas de panique, on veut simplement vous parler d'une expo de dessins, ou vous proposer un "package" alléchant du genre le journal + une BD + un café = cinq euros.

Dans un premier temps... faire la queue devant l'un des chapiteaux en attendant l'ouverture. Tiens, c'est quoi tous ces gens qui tirent une valise et qui ont une mini-chaise pliante sous le bras? Ah ben oui, des "chasseurs". Chasseurs de dédicaces. Tout un métier, croyez-moi! Dans leur valise? Tout un stock de leurs BDs personnelles, qu'ils ont bien l'intention de faire dédicacer par les auteurs. Cette chaise pliante? Euh... en fait, c'est pas bête du tout, comme vous le verrez un peu plus loin si vous lisez ce long (très long) article jusqu'au bout.


Ça y est, les armoires à glace qui gardaient l'entrée vous laissent passer. Vous ne savez déjà plus où donner de la tête. C'est beau. Corto Maltese vous accueille de son regard perçant et lointain, sur un mur qui fait deux mètres cinquante de haut. Ça brille partout. La vidéo se mêle judicieusement aux phylactères. Voici que Largo Winch vous lance un regard narquois dans un jeu de miroirs. C'est quoi ce truc, sur ma tête? un chapeau de Spirou, eheh. C'est quoi, cette foule qui se précipite et s'amasse derrière ce guichet vide? des chasseurs de dédicaces qui font la queue trois heures avant l'arrivée du dessinateur.

Joli le stand des Comics, avec ses super héros! Rafraîchissant, le stand des BDs chinoises, tout en couleurs et en courbes. Tiens, un tout petit stand italien, j'imagine que je ne connais aucun auteur là-dedans. Un dessinateur manifestement italien est en train de dédicacer un album, debout, avec des gestes amples et théâtraux. Seulement deux personnes attendent pour une dédicace. Je regarde la petite pancarte qui indique son nom: "Frezzato". Je tique. Quand même, ça peut pas être lui? LE Frezzato? Celui des Gardiens du Maser? Naaaaaaaaaaaaaannnn, il aurait plein de monde en dédicace, si c'était lui. Je vous jure, il y a des jours où je me foutrais des baffes. Ce n'est que des heures et des heures après que j'ai parlé à Sam du fameux dessinateur italien qui était l'homonyme du dessinateur bien connu. Sam a fait plus que tiquer, il est allé voir presque en courant. Purée, c'était lui. Trois plombes pour avoir une dédicace, alors que le matin il n'avait personne, ça fait rager.

Ce que je n'avais pas prévu, c'était que ce festival me ferait découvrir autant de BD et d'auteurs. Non pas que j'estime tous les connaître, loin de là. Simplement, j'avais regardé avant de partir la liste des auteurs présents, et j'avais établi une liste de ceux que je souhaitais absolument rencontrer car j'étais fan de leur travail. Rencontrer: la clé d'Angoulême. Ce festival est une succession de rencontres toutes plus belles les unes que les autres.


Vous rencontrez des gens parmi le public, même si vous êtes timide et que vous n'avez pas envie de parler: quand on fait la queue pendant deux heures, trois heures... cinq heures même, il est quasi inévitable de ne pas parler à ses voisins. C'est là qu'on se rend compte que la bande dessinée touche vraiment les 7 à 77 ans! La file d'attente est un spectacle à elle seule. Une mamie tient fermement son album sous le bras et sourit avec douceur. Un gamin style Gavroche est assis par terre en tailleur et lit une BD. Un couple se câline. Des passionnés se montrent leurs dédicaces, tenant bien la couverture ouverte pour laisser sécher l'encre ou la peinture de la dédicace toute fraîche. D'autres donnent leur avis sur la suite potentielle des aventures d'un héros dessiné. D'autres s'échangent des anecdotes de festival.

Il est surprenant de voir l'endurance et la patience de tous ces passionnés. J'ai entendu très peu de gens râler. J'ai vu peu de gens manquer d'élégance. Des goujats il y en a, bien entendu. Mais étant donné l'ampleur de l'événement et les délais d'attente, je pensais voir davantage de signes d'agacement et de comportements "anti-sociaux". C'est comme si les gens étaient en dehors de leur vie, de leur temps: personne ne demande ce que fait l'autre comme métier parce qu'on s'en fout, personne ne demande à l'autre s'il a des gosses parce qu'on s'en fout aussi. On est là pour parler BD, point.

Mais les plus belles rencontres, il faut l'admettre... ce sont celles avec les auteurs. Si je devais choisir un terme qui qualifierait bien tous ceux que j'ai rencontrés, ce terme serait "accessibles". Certains sont pourtant de véritables stars, croyez-moi.


Il y en a un que je voulais vraiment voir. C'était un doux rêve, je m'en doute, car celui-ci fait partie du panthéon: Rosinski. OK, il dessine merveilleusement, tout le monde est d'accord là-dessus. Mais pour moi, il est aussi un symbole: il est l'auteur qui m'a donné envie d'aller voir plus loin que Tintin et Asterix. Attention, je vénère encore et toujours Hergé et Goscinny, ils restent des piliers incontournables qu'il me tarde de faire découvrir à mon fils. Mais la BD ne se résume pas à Tintin et Astérix, et quand j'avais dix-huit ans c'est Rosinski, à travers Thorgal, qui m'a ouvert les portes d'un monde que je n'ai de cesse d'explorer depuis.

Le premier jour, j'ai observé comment ça se passait: tellement de fans pour Rosinski que les dédicaces sont délivrées "sur ticket". Ceci signifie que le matin à l'ouverture l'éditeur distribue un nombre fixé à l'avance de tickets. Seuls les heureux possesseurs de tickets peuvent espérer obtenir un coup de crayon du maître, des heures plus tard. Le second jour, j'ai donc fait la queue dehors deux heures avant l'ouverture. Dès que les portes se sont ouvertes, je me suis précipitée. Pfffffff, le stand est presque à l'autre bout du bâtiment. De loin, je vois une file d'attente qui commence déjà à se former... moins de deux minutes après l'ouverture. Je suis en place. Il y a environ une quarantaine de personnes devant moi... et je n'arrive même pas à deviner combien sont derrière. Les tickets arrivent. Ils en distribuent environ trente cinq. Quatre ou cinq de plus et j'en avais un... la prochaine fois, peut-être?

Mais je n'ai pas de regrets, car ma moisson de rencontres est tout à fait honorable. Je n'ai peut-être pas pu rencontrer G. Rosinski, mais j'ai fait pas mal de belles rencontres: Arroyo (superbe dédicace! ma plus belle, merci), Christophe Bec (très différent de ce à quoi je m'attendais d'après ses BDs, je l'imaginais complètement dark et en fait il est jeune et sympa!), Moynot, Gaudin et Peynet (de loin le plus sympathique, un talent fou en plus), Rodier (super sympa et rigolo) et Swolfs (j'ai quand même rencontré Swolfs après... cinq heures d'attente: deux heures le premier jour puis finalement on nous a dit qu'il ne viendrait pas, puis trois heures le lendemain je l'ai enfin eue ma rencontre! c'est là qu'on regarde avec envie la mini-chaise pliante du voisin).

Je ferai un autre article dédié aux dédicaces d'Angoulême, mais déjà ce que je peux dire c'est que plus jamais je ne lirai le Prince de la Nuit de la même façon. Yves Swolfs a un charisme qui en impose, et que je retrouve depuis chez chacun de ses personnages.


Je suis un peu frustrée par le format qu'impose un article de blog: trop court, et tellement à dire. Même si c'est mon blog et que je suis supposée y faire ce que je veux, je suis sûre que j'ai déjà perdu les trois quarts des lecteurs dans les méandres de cet interminable article. Je vais donc m'arrêter là et conclure.

Ces deux jours au Festival d'Angoulême ont été un pur bonheur. Oui quand on sort de là on a des courbatures partout. Oui quand on sort de là on a la carte bleue qui pleure (houlàlà le chapiteau des objets dérivés!!! pffffffff aucune pitié pour la tintinophile que je suis). Oui on fait la queue pendant des heures. Mais seulement si on en a envie. Et l'envie vient toute seule, croyez-moi.

Je suis revenue d'Angoulême avec plein de choses dans ma valise: plein de nouvelles BDs, certaines dédicacées, des figurines Tintin, un tableau Tintin (on ne se refait pas), des figurines Barbapapa pour mon fils et surtout des souvenirs emplis d'émotion. C'est un peu comme si ma vie s'était remplie encore un peu plus (je ne savais même pas qu'il restait encore de la place!).

Au retour d'Angoulême, la valise de Sam était encore plus chargée que la mienne: en plus des BDs, des dédicaces et des souvenirs, il a ramené... une proposition professionnelle. Même si tout reste à faire, même si on sait que ça va être dur et peut-être long, la confiance témoignée par des professionnels est le meilleur encouragement que l'on puisse voir. Je sais que vous serez nombreux à partager notre joie et à encourager Sam pour une pleine réussite dans cette voie qui est véritablement la sienne. Depuis le début.

Encore bravo, sincèrement. Allez hop, au boulot!

1 commentaire:

Anonyme a dit…

*agite les pompoms*