
Il m'est fréquemment arrivé de faire des déplacements en région parisienne pour raison professionnelle. Mais cette semaine, restriction budgétaire oblige, fini le taxi, je devais donc découvrir les joies des transports en commun parisiens.
C'est avec peu d'enthousiasme que je suis descendue de l'avion. D'un naturel anxieux, j'avais prévu large en termes d'horaires: mon rendez-vous à la Défense était à 09:30, j'ai atterri à Orly à 07:30. M'étant levée à quatre heures du matin, j'étais franchement de mauvais poil. Même mal réveillée, difficile de se paumer quand on sort d'Orly: suffit de suivre bêtement les flèches, me voilà au guichet de l'Orly Val. Pas déçue du voyage: 11€50 pour un simple aller Orly-LaDéfense, on croit rêver. Bref.
Rien à dire concernant l'Orly Val: c'est bref et clean. Normal, quoi. Arrivée à Antony, j'embraye sur un RER. Ah là, c'est pas le même standing: je suis en pleine heure de pointe, c'est plein à craquer, ça pue, les banquettes puent, les gens puent, l'air pue. Tout le monde arbore le même air absent qui signifie clairement "Prenez un ticket pour la Lune si vous voulez m'aborder". Je réponds par le sourire-style-Joconde aux personnes qui me lancent des regards assassins parce que j'ai avec moi une valise qui emmerde tout le monde. Il y a bien des emplacements pour les valises en hauteur, mais comme je n'ai pas la force de hisser la mienne jusque là et que personne ne m'a proposé son aide pour le faire, eh ben tant pis z'ont qu'à faire avec ma valise qui les gêne et puis voilà.
Ce tronçon en RER me paraît interminable. A chaque station quand les portes s'ouvrent des gens continuent à monter alors que j'ai l'impression que ma cage thoracique va bientôt exploser (splartch). Un type franchement louche s'énerve tout seul: il donne des coups de pied dans la porte, il se cogne la tête contre la vitre. Ça pue de plus en plus: la transpiration, le manque de savon, la cigarette, l'alcool. De temps en temps, je remarque que quelqu'un sent bon, et je parviens même à reconnaître son parfum. Mais Bulgari et Issey Miyake me paraissent presque déplacés dans un endroit aussi glauque.

La promiscuité est intolérable, ce contact insistant me révulse, j'ai envie de hurler à tous ces gens de sortir de ma bulle, je me sens oppressée, je me sens nue, je me sens sale, je transpire, je pue. Ma mâchoire est tellement crispée que j'ai du mal à déglutir. Je commence à redouter un malaise. La porte s'ouvre, enfin.
Châtelet Les-Halles, la fourmilière. Tout le monde marche d'un pas pressé, c'est un véritable chassé-croisé, presque un ballet. Mes yeux suivent ce ballet frénétique, je ne parviens pas à faire comme les autres: faire comme si je n'étais pas là. Un type pas coiffé avec des grandes lunettes carrées aborde un jeune: "Bonjour, excusez-moi, vous ne travailleriez pas chez Carlson?". Le jeune répond poliment: "Ah non monsieur, désolé, vous faites erreur". C'est là que ça se complique: "Ah il me semblait bien que c'était vous, je ne me trompe jamais. Alors, comment ça va chez Carlson? Mal j'imagine hein... c'est vraiment des salauds, hein, racontez-moi"...
Je me rends compte que l'heure avance et qu'il ne faut pas que je traîne. Je me plante: au lieu de prendre le RER, je prends le métro. Certes, bien plus confortable et agréable que le RER mais... bien plus lent pour atteindre la Défense.
09:30. Les portes du métro s'ouvrent enfin sur la station de l'Arche. Presque emportée par le flot de personnes qui descendent, je me mets moi aussi à marcher vite (probablement aussi parce que je suis à la bourre!). Je me cale bien à droite sur l'escalator: même si j'ai l'impression que je marche vite, je ne joue pas encore dans la cour des grands, je fais résolument partie des lents. A mon avis, si tout le monde marche aussi vite dans les entrailles de la Bête, c'est tout simplement pour y passer le moins de temps possible. C'est assez compréhensible...
Je devine la lumière du jour qui se rapproche.
Comme agitée de spasmes incontrôlés, l'immense gueule souterraine finit par vomir sur le parvis son immonde flot de piétons puants. Si j'avais la lampe d'Alladin, mes trois voeux seraient alors les suivants: une bonne douche, des fringues propres et un café.
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