vendredi 24 avril 2009

Cicatrice



Il fait nuit. Je dodeline un peu de la tête au rythme de la chanson qui passe à la radio. Je viens de m'engouffrer dans l'avenue de Grande-Bretagne, et je roule vite. Comme toujours, vite. Trop vite.

Le brouillard. Une véritable purée de pois. La première fois que je vois ça. Ça me surprend un peu mais ne me ralentit pas.

J'enfonce l'allume-cigare, je sors une clope de mon paquet de Marlboro Light.
Surprenant, l'effet des phares qu'on voit au dernier moment à cause du brouillard. Qu'est-ce qu'elle est longue, cette avenue...

La cigarette pas encore allumée me tombe des lèvres. Deux feux stop qui surgissent du brouillard. Je suis dessus. Pas le temps de freiner.

PAW!

Un choc terrible. Je sens ma nuque se déchirer.

PAW!

Comme je n'ai pas freiné, l'inertie a joué contre moi: c'est un second choc, presque aussi fort que le premier.

De façon très surprenante, je suis d'un sang-froid absolu. J'enfonce le bouton des warnings. Je détache ma ceinture de sécurité. Avant d'ouvrir la portière, je tourne la tête pour vérifier que je ne risque rien.

Je descends calmement de ma voiture. Je marche vers celle que je viens de percuter.

Mon cerveau se met enfin en marche: comment se fait-il que personne ne descende de cette voiture? hein?

Le sang-froid dont je me targuais l'instant d'avant vient de s'évanouir. Panique.

Je ne marche plus. Je cours.

Interminable.

J'arrive à hauteur de la voiture. Le conducteur est un jeune homme, il doit avoir le même âge que moi, 18-19 ans. Il est inconscient, la tête penchée en arrière sur l'appuie-tête. Du sang coule de son nez.

Je n'arrive plus à respirer.

Ma main va toute seule jusqu'à la poignée de la portière.

Que tous les éventuels dieux en soient remerciés: il se réveille. Merci.

Merci, merci, merci.

Vraiment.




Comme le montrent ces jolies rides sur la photo ci-contre, dix-sept années se sont écoulées depuis. Le souvenir est toujours aussi vif dans ma mémoire. Une cicatrice toujours aussi brûlante. Même s'ils l'ont refaite, j'évite au maximum de passer par l'Avenue de Grande-Bretagne, et pourtant j'habite vraiment à côté.

Et de toute façon, même si je souhaitais oublier ce souvenir marquant... mon corps se charge de raviver ma mémoire. Ce soir-là il y a 17 ans, la puissance du choc a eu pour conséquence chez moi une entorse cervicale, qui m'a paru être à ce moment-là un détail presque anecdotique.

Et bien figurez-vous que je suis désormais dotée de super-pouvoirs!!! :)

Je peux prédire la pluie. Voui voui voui, rien que ça!

Dès que les pressions atmosphériques indiquent un taux d'humidité relativement élevé, j'ai mal. Ça paraît banal d'avoir mal, dit comme ça.

Il m'est arrivé deux fois dans ma vie de pleurer de douleur: quand j'ai donné vie à piti Lucas, et... maintenant.

La première fois que j'ai eu une crise de névralgie intercostale, j'ai cru que je faisais un infarctus. La douleur située au niveau du coeur est tellement intense... que j'ai l'impression de claquer. Hier encore, j'ai débarqué au service médical de ma boîte pour qu'ils me fassent un électro-cardiogramme. Ça paraît comique dit comme ça, il n'empêche que l'infirmière n'en menait pas large quand elle a vu mes symptômes, et elle a avoué être soulagée quand elle a vu les résultats de l'électro.


J'ai régulièrement ces crises très douloureuses. La névralgie intercostale est une cousine d'une crise bien plus connue car plus répandue, même si les symptômes en sont aussi douloureux: la sciatique.

Mal quand je bouge le bras. Mal quand je tourne la tête. Mal quand je rigole. Mal quand je respire trop fort. Et les anti-inflammatoires semblent pratiquement sans effet.

Une douleur telle que je n'arrive pas à empêcher quelques cris sourds de sortir de mes tripes.

Et pire que tout, Lucas a assisté à une de ces crises, causée par un fou rire. Le pauvre, il ne comprenait pas, il était tout triste :(


Eh ben vous savez quoi? J'ai du bol. Clairement. Ça aurait pu être bien pire, vous ne pensez pas? Je n'ai pas envie de faire la morale, mais tant pis, je le dis quand même: faites gaffe sur la route. S'il-vous-plaît. Gaffe.

La bonne nouvelle dans tout ça... c'est que depuis cet accident je roule comme un escargot :)

Ah et au fait, j'allais oublier: ne comptez pas trop sur le soleil dans les jours qui viennent, je suis prête à parier qu'on va se bouffer encore plein de flotte!

Mwarf...

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