jeudi 2 avril 2009

L'appel du large



Je suis une citadine. J'ai grandi en ville, je vis en ville, je travaille en ville. Il m'arrive cependant de ressentir de temps à autre un besoin pressant de nature, qu'il s'agisse de campagne, de montagne ou de mer.

Il y a de cela quelques semaines, j'avais réservé un séjour au Grau-du-Roi, dans le Gard. J'avais réservé sans connaître, simplement attirée par la proximité de la plage, la renommée sauvage de la "Petite Camargue", la diversité des paysages et, disons-le clairement, des prix très attractifs.

J'ai un souvenir fortement ancré dans la tête, c'est celui des plages méditerranéennes bondées, couvertes de parasols, de serviettes de plage, de touristes gras et rouges affalés comme des baleines échouées, le tout couvert par une odeur reconnaissable entre toutes, celle de l'huile de Monoï mêlée à celle des chouchous et des beignets dégoulinants d'huile et de confiture.

Aussi, quelle surprise lorsque mon pied a foulé le sable du Grau-du-Roi pour la première fois il y a quelques jours! Pas de touristes affalés. Ni de parasols. Ni d'odeur de Monoï.

Incessamment giflée par un vent dément, je suis restée là, les bras ballants, face à cette mer qui avait l'air si calme mais qui sentait tellement fort. J'ai été littéralement assaillie par une odeur que j'avais pourtant fini par oublier: celle de la mer. Tellement forte que j'en ai presque eu la nausée sur le coup. Je remplissais mes poumons avec avidité, mes yeux pleuraient un peu à cause du vent, j'avais peut-être un peu froid, mais peu importait. J'avais l'impression d'être une batterie que l'on rechargeait.

Aujourd'hui, je me rends compte que cette sensation a été très furtive: je ne l'ai pas ressentie ensuite au cours de mon séjour. Bien sûr, j'ai apprécié la beauté des paysages, la sérénité qu'apporte la contemplation d'un horizon infini, le charme "jet-set" de Port-Camargue, la grâce incongrue des flamants roses. Mais c'était à nouveau un regard extérieur, je n'avais alors plus la sensation de faire partie d'un tout, plus l'impression d'avoir ma place dans un schéma parfaitement connu: la nature, tout simplement.


Il faut parfois du temps pour se débarrasser de tous nos "costumes": le costume de la maman surbookée, le costume de l'ingénieur en informatique, le costume de la citadine, le costume de la femme stressée et engluée dans une certaine routine, le costume de la Terrienne de 2009 qui se demande si l'année va être si catastrophique qu'on le dit, le costume de la femme fatiguée qui n'a même plus l'énergie suffisante pour se reposer.

Houlà, ça paraît bien morose tout ça, n'est-ce pas? Eh bien ça ne l'est pas complètement: ce court instant où je me suis gavée d'embruns est la preuve que la régénération est possible. Ce n'était peut-être pas le bon moment, ou le bon endroit, ou les bonnes conditions. Ou peut-être que j'avais besoin de plus de temps pour me débarrasser de tous mes costumes. Mais au moins, maintenant je sais que la bouffée d'air est possible :-)

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