La salle d'activités physiques d'une école maternelle, en juin dernier.
Des bancs pour enfants ont été alignés, les parents prennent place petit à petit. Je me dirige d'emblée vers le rang du milieu, et je murmure en gloussant un petit "Fayots!" aux parents qui se sont installés au premier rang. Hé hé.
Après quelques mots de bienvenue, la directrice de l'école nous détaille l'agenda très précis (au pipi près) des futurs élèves que sont nos bien-aimés rejetons. Arrive le moment de parler des collations et du goûter, et là le ton change. Je me raidis un peu sur mon banc, j'ai perdu l'habitude de l'autorité scolaire.
"Bon, pour le goûter et les collations, vous allez voir ça va être très simple. Ne sont autorisés que les fruits frais et les compotes. Si votre enfant vient à l'école avec autre chose que des fruits ou des compotes, cela signifie que vous le privez de goûter. Viennoiseries, gâteaux, barres chocolatées, bonbons, chips et autres joyeusetés resteront intacts dans le sac."
Silence stupéfait et incrédule. Quelques murmures surpris, quelques regards amusés voire goguenards, parfois une moue boudeuse... Un couple a quelques échanges à côté de moi: "Mais il va jamais tenir avec juste des fruits dans le bide!". Une maman que je connais déjà de la crèche me glisse: "Je lui mettrai un ou deux biscuits dans la poche, parce que les fruits ça nourrit pas quand même".
La directrice attend que les parents aient digéré (sans mauvais jeu de mots) l'info... puis reprend: "Pour les parents dont les enfants mangeront à la cantine de l'école, sachez que pour vous aider à composer au mieux vos repas du soir en fonction de ce qui a été consommé à midi, vous pouvez consulter les menus de la semaine sur le site web de la mairie".
Chaque menu est validé par une équipe de diététiciens... et depuis 2008 un repas bio est introduit par semaine.
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Service des consultations pré-natales de l'hôpital, la semaine dernière.
J'ai rendez-vous pour la consultation des 7 mois. Nous sommes une dizaine de femmes enceintes à poireauter dans ce couloir. Pas grand-chose à faire à part bouquiner et regarder les gens passer.
Une petite (toute petite) femme en blouse blanche et lunettes à monture rouge traverse le couloir d'un pas léger. Elle prend son temps, et ses petits yeux brillants scrutent chaque personne de la tête aux pieds, de façon un peu insistante. Je la reconnais: il y a trois ans, alors que j'attendais Lucas et qu'on m'avait diagnostiqué un petit diabète gestationnel, elle m'avait accueillie dans son service de diététique. C'est avec un sourire désarmant et des petites mains qui s'agitaient gaiement qu'elle m'avait gentiment fait comprendre que je ne savais pas m'alimenter correctement. Fichtre. Ne vous méprenez pas sur le ton que j'emploie: j'ai béni cette consultation, puisqu'elle m'a permis de sortir du diabète sans passer par la case insuline.
En mon for intérieur, je me rengorge et je soliloque dans ma tête: "Ah aaahhhh, ma p'tite dame, cette fois-ci je ne vous verrai pas, car pas de diabète pour cette grossesse-ci!". Nouveau rengorgement.
Hum... allez... rendons à César ce qui lui appartient: si je ne fais pas de diabète à cette grossesse, c'est tout simplement parce que je me suis mise au régime diabéto dès que j'ai su que j'étais enceinte. Bref, c'est encore grâce à la petite bonne femme maniérée avec ses lunettes à monture rouge.
Je commence à me dandiner sur ma chaise: cela fait une heure que je suis là, mon bébé n'aime pas quand je reste assise trop longtemps, et il me le fait savoir avec force coups et ruades.
J'aperçois à nouveau Madame Diététique, et je me rends compte que je l'ai vue plusieurs fois dans ce couloir, et qu'elle était souvent accompagnée: des patientes qui sortaient de chez la sage-femme et qui paraissaient un peu déconfites (oui oui ça vous fait cet effet-là quand on vous dit que vous mangez n'importe comment), mais aussi des collègues diététiciennes. Visiblement, le service s'est étoffé en trois ans.
Une nana qui était là avant moi commence à montrer son impatience, qui tourne à l'exaspération. Elle sort rageusement un paquet de chips de son sac, et engouffre bruyamment son contenu en deux minutes. Madame Diététique n'est pas loin, elle regarde la bouffeuse de chips avec des yeux plus brillants que jamais, elle sautille d'un pied sur l'autre. C'est clair qu'elle n'a qu'une envie: aller lui donner un cours de diététique et la dissuader de manger des chips. Finalement, elle étire ses lèvres en un sourire un peu crispé et tourne les talons... probablement à la recherche d'une autre proie, hi hi hi.
Plus par ennui que par voyeurisme, j'observe les patientes qui sont gentiment invitées à passer par le service Diététique de l'hôpital. Déjà, je suis surprise par leur nombre: m'enfin, le diabète gestationnel ce n'est quand même pas si fréquent que ça?!?! Et puis, force est de constater... que pas mal de ces patientes présentent un certain embonpoint. Pour ceux ou celles qui ne le sauraient pas, le diabète gestationnel n'a rien à voir avec la silhouette, c'est simplement une question d'hormones et de pancréas un peu paresseux.
La bouffeuse de chips énervée est enfin invitée à rentrer dans le bureau de la sage-femme. Ça fera des vacances à mes oreilles.
Ça fait pas mal de temps que j'attends maintenant... ma capacité à ne rien faire m'épate. La sage-femme doit m'appeler trois fois avant que je ne réagisse, tellement je suis enlisée dans mes pensées.
Je passerai sur l'examen obstétrical, qui n'est pas le sujet de cet article.
Une autre partie de la consultation, par contre, est davantage dans le thème du moment.
L'horrible épreuve de la balance:
- "Vous avez pris combien de kilos depuis le début de la grossesse?"
- "Environ 11 kilos."
- "Ça peut aller, mais l'idéal serait que le rythme ralentisse maintenant. Montez sur la balance."
Je tente l'humour: "Eh ben, la confiance règne! je surveille mon poids tous les jours, vous savez."
- "C'est bien de surveiller son poids, c'est bien. Allez, montez sur la balance."
Ouf, leur balance donne le même poids que la mienne. J'aurais eu l'air malin, sinon.
Les questions fusent: "Y a-t-il des obèses dans votre famille? dans celle du père? Taille et poids du père?".
Tout cela est demandé gentiment, avec bienveillance mais quand même... le sujet est là et bien là, et il n'est pas pris à la légère.
Ma curiosité prenant le dessus, j'ose: "C'est drôle, j'ai l'impression de voir beaucoup de patientes au service Diététique, il y a une explosion du diabète gestationnel en ce moment?".
La réponse me surprend, et pourtant elle est évidente: désormais, il n'y a pas que les diabétiques qui sont aidées par ce service à la maternité.
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