vendredi 18 mars 2011
I Am Alive
A la belle époque où je bossais sur des solutions de stockage de données en lab, j’ai eu l’occasion d’avoir à parler à nos clients d’un projet particulièrement marquant. "IAA" pour les intimes. I Am Alive. Je suis en vie.
Un nom de projet particulièrement chargé en émotionnel pour une solution de stockage de données, n’est-ce pas ? L’idée était très simple: stocker les signaux de vie des survivants d’un désastre majeur, afin d’avoir une liste des survivants. Le principe: chaque habitant du pays concerné se voyait doté d’un identifiant unique, et charge à chacun de se manifester après le désastre afin de signifier qu’il était en vie: « I am alive ». Chaque survivant avait la possibilité de signaler sa survie en donnant son identifiant unique via email, SMS, ou directement auprès d’un opérateur par téléphone, de vivo ou même par courrier postal. L’architecture: une bête base de données répliquée quasi en temps réel (de mémoire, c’était de l’asynchrone, mais répliqué à haute fréquence) entre le pays sinistré, les Etats-Unis et la France.
On devait être en 2005 voire 2006, et le pays potentiellement sinistré qui avait passé cet accord avec la compagnie américaine pour laquelle je travaillais… était le Japon. Dix ans s’étaient écoulés depuis Kobé, mais ils avaient tiré certains enseignements de ce sinistre majeur: notamment, ils avaient eu un mal fou à dresser une liste exacte des victimes, et avaient été bien en peine de rassurer les familles inquiètes. Beaucoup d’énergie et de moyens déployés… pour des résultats très tardifs.
Passé outre le malaise que je ressentais à l’idée que cette baie de disques puisse abriter un jour les noms de milliers de victimes, c’est avec conviction et même fierté que je parlais de ce projet aux clients de ma compagnie. Et j’étais un peu déçue et même agacée par les retours que j’en avais: personne n’y croyait. "Vous croyez vraiment que les survivants d’un désastre vont avoir la tête à envoyer des mails ou des SMS ?" ou encore "Non mais vous imaginez pas deux secondes que l’infrastructure réseau sera encore en état après un séisme de l’ampleur de Kobé?".
Ma compagnie a depuis fondu les plombs, et le projet I Am Alive est alors probablement tombé aux oubliettes rapidement. Il n’y a donc pratiquement aucune chance que le système I Am Alive ait pu être utilisé lors des récents événements au Japon.
Mais aujourd’hui je souris. Avez-vous vu ce qui s’est passé, comment les survivants ont réagi et quels moyens ont été utilisés ? SMS, emails, Facebook, Twitter… sans compter les applications montées à la volée par des comptes comme Google afin que les survivants se manifestent et se référencent eux-mêmes via Internet. C’est dans ces moments-là que j’adore l’humanité. Quand on veut, on peut.
Amis Japonais, je ne vous connais pas… mais je pense beaucoup à vous.
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)


2 commentaires:
"Vous croyez vraiment que les survivants d’un désastre vont avoir la tête à envoyer des mails ou des SMS ?"
Y'a des gens qui pensent ça ?? Ça me paraît tellement incroyable que je me sens obligé de me manifester. Il me semble que le premier réflexe après avoir assuré un minimum sa sécurité est de prendre/donner des nouvelles...
Enfin... j'en profite pour passer un petit coucou ;-)
Je suis d'accord avec ce que tu dis. Mais en fait je pense que les gens faisaient référence au SMS "officiel" pour s'enregistrer dans la base de données. Il est clair que le premier réflexe est de contacter ses proches... enfin, j'imagine.
A part ça, ça fait plaisir que tu passes de temps en temps :)
Enregistrer un commentaire