samedi 16 avril 2011

Connectés



Un embouteillage monstre. Un de plus. J'éteins le moteur de ma voiture en soupirant. La succession infernale des spots publicitaires à la radio m'agace, j'appuie sur le bouton off rapidement.

D'un geste machinal, ma main fouille dans mon sac pour attraper mon smartphone. Deux ou trois glissements du bout du doigt, quatre ou cinq clics rapides et je commence enfin à me détendre. Mes sites favoris sont accessibles, m'offrant leurs dernières informations, je peux aussi voir ce que les copains racontent sur leur page Facebook, je me délecte aussi de leurs commentaires sur ma propre page, tous mes mails sont là, mes albums Picasa avec les photos de mes enfants sont également accessibles. Et là, les minutes défilent.

Je ne suis plus la Toulousaine stressée et agacée, coincée dans les embouteillages. Non, c'est moi Véro, avec mon univers, mes potes, ma famille, bref mon chez moi.

Lorsque je pars en déplacement, je suis très déçue, agacée et insatisfaite si je tombe sur un hôtel qui n'a pas le wifi (oui, ça existe encore). Ça me gâche même mon séjour.

Certains mettront ce comportement sur le compte de la geek-attitude, pourquoi pas après tout j'assume. Nous sommes quand même des millions de personnes dans ce cas. Mais pour moi cela va plus loin qu'un simple goût pour les nouvelles technos et les gadgets dernier cri. Il s'agit d'un besoin viscéral d'être connecté en permanence. Rien de plus frustrant qu'un wifi dont la connexion échoue. Le summum de l'agacement.

Et là je m'interroge: pourquoi cette soif de connexion permanente? Cela avait commencé avec le téléphone portable: on pouvait appeler et être appelé tout le temps et quasi n'importe où (là aussi, ne niez pas le nombre de fois où vous avez eu envie de balancer le téléphone parce qu'il n'y avait pas de couverture réseau!). Maintenant, on veut encore plus: on veut que tout notre univers numérique nous suive partout.

C'est plus qu'un désir, c'est devenu un besoin.

Ma réflexion (qui se situe complètement hors du contexte professionnel pour se focaliser sur le contexte personnel) porte sur quatre points, mais il s'agit là bien sûr d'un avis purement personnel qui n'engage que moi: aucune loi universelle dans mes propos, bien entendu.

1- On a besoin d'être connecté en permanence parce qu'on est rassuré de pouvoir trouver une réponse à une majeure partie de nos questions à n'importe quel moment et n'importe quel endroit. Comment aller à tel endroit? le restaurant est-il ouvert? quelle va être la météo? où en est la livraison de mon colis? que se passe-t-il dans le monde pendant que je suis au boulot?

2- On a besoin d'être connecté en permanence parce qu'on est rassuré de pouvoir se retrouver dans son univers personnel n'importe où et n'importe quand. Où que je sois et quel que soit le degré d'inconfort de la situation dans laquelle je me trouve, j'ai la possibilité de me retrouver dans le cocon de mon univers familier, au pixel près. Tellement rassurant! Ce besoin d'être rassuré en permanence, ce besoin de pouvoir se rattacher à son univers personnel en toutes circonstances est-il révélateur d'une incapacité croissante à appréhender les situations inconnues?

3- On a besoin d'être connecté en permanence parce qu'on fait partie de la génération des "Amis". Il y a d'abord eu la génération des bosseurs: la réussite sociale passait par la réussite professionnelle. Puis, il y a eu la génération des familles: on ne "réussissait" que si on avait une famille accomplie, mariage enfants maison et tout le tralala. Aujourd'hui on est dans la génération des potes: notre réussite se mesure au nombre d'amis sur Facebook, au nombre de baratins qu'on écrit sur son mur, au nombre de SMS qu'on reçoit ou de mails qu'on envoie, au nombre de commentaires ou de "J'aime" qu'un blog récolte, etc. Entendons-nous bien: il est clair pour tout le monde que le terme "amis" est ici totalement inapproprié: il y a bien quelques amis, certes, mais il y a aussi des potes, des connaissances plus ou moins lointaines, ceux qu'on avait perdu de vue mais qu'Internet nous a fait retrouver, et aussi des gens qu'on ne connaît que numériquement. Et peu importe: le tout est d'être membre actif et intégré de la communauté. Certains clans peuvent se former au sein de la communauté, mais de manière générale cette communauté a vocation à s'étendre: l'ami d'un ami peut facilement devenir un ami. De quoi cette soif d'étendre notre réseau social est-elle révélatrice? peur panique de la solitude? affirmation de soi par la reconnaissance des pairs? construction d'une nouvelle identité, basée sur la collectivité?

4- L'identité numérique n'est pas un concept nouveau. Ce qui est nouveau, c'est que cette identité peut désormais nous accompagner vingt-quatre heures sur vingt-quatre. La première conséquence directe que je vois est une progressive disparition de la dichotomie entre identité physique et identité virtuelle: je me trompe peut-être, mais je pense que nous nous acheminons vers un "parler vrai" sur Internet. On peut tromper son monde avec une identité numérique, se faire passer pour meilleur qu'on n'est en réalité. Mais il me semble inévitable qu'une identité numérique qui intervient plus souvent parce qu'on est connectés en permanence, finit inévitablement par révéler sa vraie nature. Ce ne sera pas vrai pour tout le monde, il y aura toujours des tordus capables de véritables dédoublements de la personnalité sur Internet. Mais je reste persuadée --peut-être à tort?-- que ces cas sont des exceptions. Observez bien, vous remarquerez une disparition progressive de l'utilisation de pseudos, au profit d'identités réelles. Euh oui, j'ai bien conscience que le nom de ce blog ne parle pas en faveur de cet argument, ha ha ha. Mais il faut savoir que le pseudo Feldwyn a une histoire, il n'est pas qu'un simple écran de camouflage. Et puis je me vois mal changer le nom du blog maintenant. Bref, revenons au sujet.


Je n'ai pas de conclusion à apporter à ma réflexion... tout simplement parce qu'il me reste davantage de questions que de réponses. Ce n'est pas la première fois que je m'interroge sur l'impact d'internet sur notre essence même, mais aujourd'hui je tourne ma réflexion de l'autre côté du rideau: certes Internet modifie notre rapport à l'autre, mais la question que je me pose dans cet article est "Pourquoi en avons-nous autant besoin?". Mes premiers éléments de réflexion me donnent l'impression que nous sommes une génération de névrosés en quête perpétuelle de réconfort et en fuite continue de la solitude. Pas très glorieux comme tableau... espérons que des réflexions ultérieures viendront améliorer un peu tout ça! Pas évident d'avoir le recul nécessaire: entre mon Android, mon notebook, mon laptop, mes mails, ma page Facebook, mon blog et mon site web, on peut dire que je suis dans le sujet jusqu'au cou!


lol

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