dimanche 1 mai 2011

L'Autre - Spécimen numéro 2


Il nous arrive à tous de tomber sur des gens qui nous surprennent. J'adore être surprise par le décalage qu'il peut y avoir entre moi et... l'Autre. Des situations où m'imaginer à la place de cet Autre me paraît totalement inenvisageable. En voici un exemple.


Elle est superbe.

Elle vient de San Francisco, c'est une commerciale, elle emmène son client américain faire un tour dans notre lab du sud de la France. Elle est accompagnée d'un technicien avant-vente.

Comme beaucoup d'Américaines, son maquillage est soigné: discret, mais travaillé. Les cheveux sont blond platine et tombent avec grâce sur ses épaules: le tout semble très naturel, mais là aussi en y regardant bien on se doute que le brushing a pris des plombes. Elle porte une petite robe blanc crème, toute simple avec des escarpins marron. Pas de bling bling... juste classe.

On pourrait croire qu'avec sa beauté elle pourrait se permettre d'être arrogante et de se la péter. Eh bien même pas. Ses yeux émeraude en amande n'expriment que de la gentillesse, et le regard n'est absolument pas hautain.

Pendant la démonstration à son client, elle écoute et n'intervient pas: normal, le commercial n'est pas ici pour parler technique, mais business. Elle interviendra plus tard.

Au restaurant, il faut bien dire ce qui est: toutes les têtes se tournent vers elle. J'en suis presque gênée pour elle. Ça doit être hyper lourd. Elle doit avoir l'habitude, car elle engage la conversation avec moi comme si de rien n'était. Je maudis intérieurement les Français de se montrer aussi bestiaux, non pas par vile jalousie de sa beauté, mais bien parce que je la trouve éminemment sympathique et que je suis confuse que les hommes la dévisagent ainsi comme une bête de foire.

© Uderzo

De retour au site de notre entreprise, alors que le client passe quelques coups de fil sur son téléphone portable, je propose à la commerciale un expresso dans ce que nous appelons "notre cuisine", mais qui se résume finalement à un local minuscule dans lequel se trouvent un évier, un frigo, une bouilloire et une machine à expresso. L'avant-vente nous accompagne.

Alors que nous devisons tranquillement autour de notre café, j'entends très distinctement une voix masculine claironner dans le couloir: "Putain c'est qui la blondasse là? Elle est boooooooooonne!!!". Le tout ponctué d'un rire bien gras.

Il n'y a pas de miroir dans la salle, mais je devine que je verdis. Je prétexte un coup de fil à passer et je m'éclipse.

Le temps pour moi d'aller parler du pays au rustre qui s'est permis ce commentaire totalement déplacé. Non mais oh il se croit où, lui? Qu'il se comporte comme un porc chez lui, mais pas au boulot. Surtout sur un site qui reçoit des clients à longueur de journée. Heureusement qu'elle ne parle pas français. Bonjour la honte!

Je me dirige d'un pas énergique vers l'endroit où j'ai entendu la voix. D'ailleurs j'entends encore ce rire gras qui manque totalement de classe. Je prépare ma tirade dans ma tête.

Je m'arrête net. Je suis en face du directeur du site.

4 commentaires:

Renrakoo a dit…

Ah ben voilà pourquoi il s'est permis de balancer ça: c'était le chef! Quel beau pays... ^^

Feldwyn a dit…

Bwarf, des bourrins de ce genre, on a trouve partout, malheureusement...

N'empêche, quelle erreur de casting ce mec! Entre midi et deux il allait exhiber ses tatouages dans la salle de sport de la boîte, pfffffff.

JC a dit…

comme quoi la promotion n'est pas forcément une question de compétence, de culture ou d'éducation, mais souvent d'opportunisme......mais les boîtes qui se laissent abuser par ce type d'individus, n'ont que l'encadrement qu'elles méritent.

Feldwyn a dit…

Je suis entièrement d'accord! Mais je vais rendre justice à cette boîte: des directeurs de ce site, j'en ai connu 4. Tous étaient issus de la promotion interne... sauf lui: il a été embauché pour ce poste. Tous étaient à la hauteur du site... sauf lui.
Quand il est arrivé à la tête de notre site (site qui ne manquait pas de prestige), on s'est tous interrogés, choqués par son manque de classe et par l'évidente erreur de casting qu'il représentait. On a trouvé son CV sur le Net (le con, il a même pas pensé à ça...): un CV de serial killer, il était spécialisé dans les liquidations d'entreprises. Ça a été le dernier directeur de ce site: c'est lui qui a géré le plan social et la fermeture du site. Un croque-mort des temps modernes. Il n'y avait donc pas que dans ses manières qu'il était indécent: il faut avoir une sale mentalité pour se faire une spécialité de fermer les boîtes.