jeudi 17 novembre 2011
L'Autre - Spécimen numéro 5
Il nous arrive à tous de tomber sur des gens qui nous surprennent. J'adore être surprise par le décalage qu'il peut y avoir entre moi et... l'Autre. Des situations où m'imaginer à la place de cet Autre me paraît totalement inenvisageable. En voici un exemple.
Une semaine de formation en région parisienne, il y a de cela plus de cinq ans.
C'est le premier jour de la formation, il est midi. D'autres employés de ma compagnie participent à cette formation, des techniciens avant-vente et des ingés. Nous décidons de partir ensemble en quête d'un petit resto sympa.
Nous trouvons rapidement notre bonheur: un resto chinois, une valeur sûre pour satisfaire la majorité des membres de notre petit groupe de cinq personnes. Dans ce petit groupe, il y a une grande gueule. Ce grand Lillois moustachu n'est pas forcément antipathique, il est même plutôt jovial, mais je le trouve un peu lourd et commence déjà à me dire que la semaine va être longue.
Nous sommes rapidement accueillis par un serveur asiatique très souriant, aimable et poli. A peine assis à table, nous voilà en train de consulter le menu avec enthousiasme et bonne humeur. Notre Lillois se met à commenter chaque ligne du menu en prenant un accent chinois caricatural. Lourd mais bon, pas méchant, le serveur est trop loin pour l'entendre.
Le serveur revient avec ses chips à la crevette, puis prend notre commande. Et là... patatras: le Lillois lourdingue passe non seulement sa commande avec cet horrible accent chinois contrefait, mais en plus répète la commande de chacun d'entre nous en la traduisant toujours avec cette caricature d'accent. Le serveur sourit un peu moins, moi je suis estomaquée et je regarde le Lillois avec un air indigné. Les autres convives baissent la tête avec un air gêné.
Un peu plus tard, les entrées sont servies par notre serveur qui a retrouvé le sourire, et là re-patatras: "Dites voir, vos baguettes là elles viennent vraiment de chez vous?". Le tout avec, je vous le donne en mille, l'horrible faux accent chinois. Je m'étrangle et tente d'engager la conversation avec quelqu'un d'autre.
Je redoute l'arrivée du plat principal, et je fais bien: "Dites voir" (chaque fois qu'il commence une phrase par ces mots, je sais qu'il va dire quelque chose d'insupportable, alors je rentre la tête dans les épaules); "Dites voir, vous savez que normalement vous n'avez pas le droit en restaurant d'utiliser ces petits paniers en bambou pour faire cuire les aliments? ce n'est pas hygiénique". Oh punaise mais il n'y aura donc personne pour le faire taire, ce crétin?
Le supplice du faux accent chinois aura duré jusqu'à ce qu'on sorte du restaurant. Je ne me souviens même plus ce que j'ai mangé, ni même si c'était bon, cet ignoble individu avait gâché le repas de tout le groupe, et probablement aussi la journée du pauvre serveur (qui est resté d'un calme olympien, il faut bien le dire).
Le lendemain, nous sommes allés manger un couscous avec les mains dans un restaurant marocain... sans lui.
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